“L’équipe du Cardan m’a permis de comprendre l’importance de la notion de temps sur l’insertion sociale”

Entretien
avec Jacqueline Quillet, responsable du Relais social de la Fédération des œuvres laïques. Rencontre dans le local de la structure situé dans un ancien logement de fonction, au 1er étage de l’école maternelle du quartier Nord.

« Tout ne trouve pas une solution immédiate. C’est parfois sur plusieurs mois, plusieurs années même qu’on parvient à faire bouger les lignes chez certaines personnes. Il faut faire avec. Le Cardan m’a fait prendre conscience de cela à travers les nombreuses discussions et moments d’échanges. »

Quelle est la fonction de votre structure ?

J. Q. Notre relais existe depuis juin 1996 et est implanté dans le quartier Nord. Les gens viennent du quartier Nord mais pas seulement, on a aussi des personnes de tout Amiens. Nous avons des ateliers de vie quotidienne qui permettent de faire sortir les gens, d’échanger les savoir-faire et surtout de rompre l’isolement. On organise des ateliers sur de nombreux sujets qui permettent soit de dédramatiser des situations, soit de valoriser les publics. La majorité du public, ce sont des femmes françaises seules avec des enfants. On part du principe que la centaine de personnes qui fréquentent le relais ont des choses à dire, des idées. Le Cardan participe à les tirer vers le haut.

Quelle est votre perception du Cardan ?

J.Q. Au Cardan, mon principal interlocuteur, c’est Luiz. Mais je travaille avec Jean-Christophe, Laurence et Claudine aussi avec qui on échange par téléphone pour l’organisation d’événements. Le Cardan, c’est une grande maison, une grande famille dans laquelle on est vite intégré. C’est une famille qui permet à chacun de trouver sa place, d’être mis en confiance. On ne se voit pas forcément souvent mais quand on se voit, c’est naturel, on a des tas de choses à se dire. Comme des cousins éloignés qu’on est heureux de voir ! Quand on veut s’inscrire à Leitura Furiosa, il suffit d’appeler et les réponses sont toujours positives et efficaces. Les choses sont simples. Ce n’est pas un travail avec le Cardan, c’est un chemin fait ensemble. Luiz me dit toujours qu’il me propose un «  plan foireux ». En fait, il s’agit d’une aventure dont on ne sait pas sur quoi elle va déboucher. C’est ce qui fait pour moi la force et la réussite de cette association.

Avez-vous un temps, un espace consacré à la critique et au bilan des actions menées avec le Cardan ?

J.Q. Le Cardan m’a beaucoup aidée à déculpabiliser grâce à leur notion du temps. L’équipe du Cardan m’a permis de comprendre l’importance de la notion de temps sur l’insertion sociale. On travaille sur et avec des parcours et des histoires de vie. Donc, c’est long. Tout ne trouve pas une solution immédiate. C’est parfois sur plusieurs mois, plusieurs années même qu’on parvient à faire bouger les lignes chez certaines personnes. Il faut faire avec. Le Cardan m’a fait prendre conscience de cela à travers les nombreuses discussions et moments d’échanges. Ce sont des moments informels et c’est cela qui caractérise le Cardan. L’informel. Des fois, on s’appelle, des fois on se voit en prenant un rendez-vous. Avec la plupart des partenaires, les choses sont très calées. Sauf avec le Cardan et c’est bien comme ça.
Vu de l’extérieur, on pourrait croire que ce n’est pas organisé mais en fait si, on trouve quand même une forme d’organisation dans le non-formel. Mon travail, c’est plus qu’un travail et du coup, le partenariat avec le Cardan, c’est aussi plus qu’un partenariat.

Justement, en tant que structure associative, que vous apporte le Cardan ?

J.Q. Le Cardan me donne l’occasion de prendre du recul sur ce que j’entreprends avec les gens, de souffler un peu, de réfléchir et aussi de profiter de ces instants ! Je m’assois et j’écoute les lectures, je vois les gens se transformer, gagner en confiance, exprimer des émotions. Parfois, les gens arrivent ici avec un visage fermé, on ne voit rien transparaître et c’est avec le temps qu’ils se détendent et qu’ils s’autorisent ces émotions. Les gens sont grandis quand ils lisent sur scène. Ils m’impressionnent, ils sont capables de faire et de dire. Alors que nous parfois, en tant que professionnels, on ne sait pas toujours trouver les mots. Le Cardan nous aide à prendre cette distance vis-à-vis du quotidien. Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’on est sur un fil. Il y a des émotions, de la colère, des sentiments. C’est à la fois délicat et très libérateur. J’ai vu des gens transformés physiquement par ces ateliers. Leur façon de se tenir, de s’adresser aux autres, de trouver leur place dans l’espace. C’est les amener vers l’autonomie et vers l’ouverture à travers des sorties culturelles. C’est frappant d’ailleurs, de voir comment ils argumentent pour dire s’ils ont aimé ou pas… Et d’ailleurs, certains sont prêts à passer au bénévolat !

Comment les personnes qui fréquentent le relais social s’approprient les activités du Cardan ?

J.Q. Le volet lecture du Cardan est bien identifié mais peu savent l’ensemble des activités de l’association. Le Cardan s’adapte aussi beaucoup aux gens qui participent aux ateliers. Le Cardan, c’est la patience parce que quelquefois il y a peu de monde. Mais ils ont l’habitude et ne se découragent pas. Si on fait l’atelier même pour une personne, c’est déjà formidable ! 
Le Cardan m’accompagne et accompagne les personnes dans un apprentissage et l’évaluation est ailleurs que dans le chiffre. Eux aussi, ils inventent une façon de faire. Les gens progressent très vite. Et la lecture n’est qu’une étape pour enclencher bien plus : les gens atteignent une sorte d’apaisement, de calme. Parce que le Cardan les écoute, écoute ce que les gens ont à dire. Les ateliers d’écoute sont un bon exemple à ce sujet. Et le but n’est pas d’attendre que le Cardan nous donne les solutions. C’est un vrai partenariat, une réelle écoute et pour moi aussi c’est important. Ils prennent soin, ils prennent des nouvelles de moi en tant que personne. C’est pour ça que nous sommes un collectif qui dépasse largement les objectifs qu’il se fixe.

Avez-vous quelque chose à rajouter ?

J.Q. Que ça continue !

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