{"id":401,"date":"2012-05-13T07:43:41","date_gmt":"2012-05-13T05:43:41","guid":{"rendered":"http:\/\/www.assocardan.org\/?p=401"},"modified":"2016-04-08T15:38:38","modified_gmt":"2016-04-08T13:38:38","slug":"je-suis-le-chat-qualice","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.assocardan.org\/?p=401","title":{"rendered":"Je suis le chat qu\u2019Alice"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em>Jacinto Lucas Pires (traduction de Sylvie Morel-Joly).<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suis le chat qu\u2019Alice a chez elle, dans un panier \u00e0 pommes, sans pommes. Un faux chat, donc, mais je respire pour de vrai. Et ce que je viens ici vous dire, chers auditeurs, c\u2019est que, miaou, ma ma\u00eetresse en a d\u00e9j\u00e0 vu bien plus que vous tous. Une vie de tant de voyages que je m\u2019emm\u00eale \u00e0 la raconter. Des vaches paresseuses au Cercle polaire arctique, l\u2019heure de pointe dans la jungle mozambicaine, des civilisations tr\u00e8s anciennes dans quelques m\u00e8tres carr\u00e9s \u00e0 Alverca. Ma ma\u00eetresse a beaucoup voyag\u00e9, oui, mais c\u2019est aussi une femme. Et comme elle le dit elle-m\u00eame, \u00ab\u00a0Dieu a fait l\u2019homme et il s\u2019est repos\u00e9, il a fait la femme et ne s\u2019est plus jamais repos\u00e9\u00a0\u00bb. \u00c0 l\u2019instant m\u00eame o\u00f9 je voulais dormir, elle allume la t\u00e9l\u00e9vision, de sorte que je vous hurle ces mots, chers auditeurs, pour voir aussi si je parviens \u00e0 passer au travers de tant de publicit\u00e9s, de tant de bruit, de tant de, pardonnez-moi, de caca. Oui, de caca. Je respire pour de vrai et je produis \u00e9galement des ronflements de qualit\u00e9, mais je ne fais pas caca. C\u2019est comme \u00e7a. En plus de dormir, j\u2019aime venir \u00e0 ce foyer de S\u00e3o Cristov\u00e3o, qui est un endroit tr\u00e8s ancien \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur et vraiment tr\u00e8s nouveau dedans. Une enclave ouverte, une maison de maisons, un labyrinthe jusqu\u2019au bleu. Quand toutes les femmes dorment, je joue par-ci par-l\u00e0 comme un jouet que je suis. (Je dis \u201cles femmes\u201d mais sans penser \u00e0 mal. Comme nous le dit Maria Aldina, \u00ab\u00a0Ah ne m\u2019appelez pas \u201cDona\u201d ni \u201cMadame\u201d, \u201cla Dame\u201d c\u2019est celle qui est au ciel\u00a0!\u00a0\u00bb) Sur l\u2019armoire que l\u2019on appelle ici \u00ab\u00a0la chapelle\u00a0\u00bb, je fais semblant d\u2019\u00eatre un oiseau des montagnes du Marv\u00e3o de Maria Jos\u00e9 survolant auteurs et profondeurs, de toute cette nostalgie de pierre. Je fais semblant d\u2019\u00eatre un lion du Mozambique escaladant les pyramides mayas qu\u2019Alice a photographi\u00e9es des yeux. Je fais semblant d\u2019\u00eatre un humain traversant les Indes de la m\u00e9moire de C\u00e9cilia et, en un instant, comme si je changeais de fuseau horaire, je passe du portugais de Goa \u00e0 l\u2019anglais du reste du monde, \u00ab\u00a0g\u00e9rondivemently\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0etc\u00e9t\u00e9ra et what\u00a0\u00bb. D\u2019autres fois je m\u2019installe sur la marquise de l\u2019infirmerie et je joue \u00e0 la maladie des noms. Lourdes est tr\u00e8s fi\u00e8re de s\u2019appeler Lourdes avec \u00ab\u00a0o-u\u00a0\u00bb, Delfina a toujours \u00e9t\u00e9 Delfina parce qu\u2019il n\u2019y a pas de diminutif pour ce genre de pr\u00e9nom, et Francisca n\u2019aimait pas du tout, quand elle \u00e9tait petite qu\u2019on l\u2019appelle Chica, mais moi, miaou, je n\u2019ai m\u00eame pas de nom, je n\u2019ai pas de nom et j\u2019aimerais tellement. Quel nom pourrait-on me donner, chers auditeurs, mes chers amis\u00a0? Pourquoi pas Fellini, qu\u2019en pensez-vous\u00a0? C\u2019est que parfois la nuit, sur la terrasse qui domine Lisbonne, parmi les \u00e9toiles et les plan\u00e8tes, mais en plus grand encore, je vois un piano ferm\u00e9. Est-ce que c\u2019est grave\u00a0? Maria do Carmo explique qu\u2019elle est tr\u00e8s sourde et qu\u2019un de ces jours, elle va devoir porter un appareil. Maria Aldina dit que, depuis qu\u2019on l\u2019a op\u00e9r\u00e9e de la cataracte, elle voit tout en couleur vive mais avec des stries. Moi, je vois un piano sans queue, brun et avec des t\u00e2ches. Je jure que c\u2019est vrai. Je suis un faux chat mais je ne mens pas. Un piano ferm\u00e9 dans un ciel ouvert qui joue des airs qui me ressemblent.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/www.assocardan.org\/wp-content\/uploads\/2012\/05\/JACINTOLUCASPIRES.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-544\" title=\"JACINTOLUCASPIRES\" src=\"http:\/\/www.assocardan.org\/wp-content\/uploads\/2012\/05\/JACINTOLUCASPIRES.png\" alt=\"\" width=\"529\" height=\"373\" srcset=\"https:\/\/www.assocardan.org\/wp-content\/uploads\/2012\/05\/JACINTOLUCASPIRES.png 3495w, https:\/\/www.assocardan.org\/wp-content\/uploads\/2012\/05\/JACINTOLUCASPIRES-300x211.png 300w, https:\/\/www.assocardan.org\/wp-content\/uploads\/2012\/05\/JACINTOLUCASPIRES-1024x722.png 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 529px) 100vw, 529px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jacinto Lucas Pires (traduction de Sylvie Morel-Joly). 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