Lâcher le feu

Les lâcheurs de feu : Adeline, Cédric, Corinne, Emilio, Marjorie, Matthieu, Rose, Shérazade, Soukaïna.
Origine de l’incendie : quartier d’Elbeuf – Amiens.

Essayez d’être enfant pendant quelques lignes. Quand vous sentirez le feu, respirez sans souffler sur les flammes. Ne fuyez pas, le feu vous brûle déjà ou bien vous ne seriez pas là.

ATTENTION ! HAUT-PARLEUR SUR LES BRAISES !
Nous vous écrivons une lettre du fond du feu du cœur.

Nous faisons feu de la page, nous faisons feu de la rage, nous faisons feu de la joie. Notre feu se nourrit de ce que nous vivons. Nous n’avons pas de pierres pour l’encercler, nous l’entourons avec nos amis, avec nos parents. Ce feu nous savons le manier. Les mots aussi manient le feu, comme les bâtons dans nos mains quand nous faisons cuire à Château blanc chipolatas, merguez et chamalos.

Nous connaissons l’étincelle qui peut tout embraser. Comme on ressent en soi l’envie soudaine de se défouler sur quelqu’un. On a l’impression que ça fera du bien et ce n’est qu’un feu de paille. À vouloir se défouler sur quelqu’un, on peut se retrouver le cœur dehors, ruisselant sur les braises comme du jus de saucisse. On cogne sans rien voir, sans rien entendre avec d’autres, serrés tout autour, qui jettent de l’huile sur les coups. Autant se défouler avec le feu de la balle et le feu des vannes.

Il faut mettre les sens sur le feu pour qu’il flambe sans tout nous prendre. Comprendre le feu des adultes à cause des étincelles qui partent tout le temps. Comprendre les gens embrochés par la peur. Comprendre ceux qui souffrent, brûlent encore dans une fumée sans flamme. Comprendre les gens coupables qui rôtissent dans la honte. Comprendre l’explosion de la rage ou vous ne me comprendrez pas. Et le feu des pleurs quand on ne peut plus parler. Il faut comprendre en moi le feu que je soulage quand je cours, quand je crie, parce que le feu joue avec les enfants.

Il faut triturer ses brûlures et planter dans les plaies.

On a tous le feu au sang, le même bouillon dans les veines. Il faut danser autour du feu et le faire monter en pyramide humaine. Nous n’avons pas peur quand le feu est vulgaire. Tant que parle le feu, il ne nous emporte pas.

La tristesse brûle parfois les mauvais souvenirs, les brûle longtemps, car ils restent. Ils crépitent dans l’ombre et font de la lumière pour ce qu’il y a de bon.

Nous faisons pour vous un feu d’artifice avec une lettre qui nous vient du feu du cœur. Feu de tristesse avec des larmes qui coulent longtemps et explosent vite. Feu de colère avec les cris des parents et les rafales de rage. Feu de joie avec des couleurs vives qui passent vite comme la vie. Quand ça pètera en couleurs au-dessus de nos têtes, tomberont des mouchoirs bariolés pour y cracher de l’encre chaude et rire aux flammes.

Messages personnels : Le feu ça sert. Le feu a plusieurs visages. Le feu est sincère. Acceptons de ne pas pouvoir se servir du feu tout le temps. Si tu te brûles, ne t’en prends qu’à toi-même.

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