Strasbourg aller retour

Marie-Christine Andrieux, Sylvaine Beaudoin, Sophie Lombard, Sébastien Ledent et Pascal Millet

Enceinte, il part.
Deux enfants, il part.
Quatre enfants, même chose, il fout le camp. Une habitude, toujours, mettre les voiles au mauvais moment. Puis, s’il reste, il boit et il te trompe, te cogne juste ce qu’il faut. C’est ça les mecs, rien de mieux que des courants d’air.
Les bons gars, ça n’existe pas, les bons gars c’est comme le Père Noël, faut pas y croire. Femme tu es et femme tu resteras, seule et avec tes gamins, tes mioches à nourrir, et ça jusqu’au prochain qui forcément va se pointer, te draguer à mort et te jurer fidélité avant de se farcir vite fait la voisine du dessous.
C’est comme ça, pas possible de faire autrement, ou alors faudrait pouvoir les tester, les goûter, faudrait pouvoir entrer dans un supermarché et picorer au rayon « bonhomme ». Tu prends ce que tu veux, du rase-moquette au beau gosse, tu l’essaies une semaine ou deux, juste pour faire crac-crac, et s’il y a un défaut, un truc qui cloche, tu le retournes au magasin et t’en changes.
En fait, le mieux, ça serait de faire comme en Hollande, de les mettre en vitrine. Imagine, tu te promènes avec les copines et tu butines, tu prends ton temps et tu choisis seulement ce que tu veux, gros lot ou gros lourd, tu ne paies que pour un moment. Par contre, c’est sûr, on parle plus d’amour ni de petits câlins. Adios les mots doux, le rêve et le romantisme, mais finie la galère.
Ça me rappelle une histoire, une belle histoire, un truc commencé sur le Net, avec Meetic, Cocoland ou Bazoocam, je me souviens plus. Ma voisine, une fille bien, elle correspond avec un type, tête de nounours de doudou Antillais. Il habite Strasbourg, pas la porte d’à côté, mais ils s’écrivent, s’aiment à distance, jusqu’au jour où elle décide de le rencontrer. Et là, c’est le coup de foudre, le coup de cœur, le super love love. Puis il y a Noël, le jour de l’an, les vacances, et l’amour encore et toujours plus. Il vient chez elle, repart, et revient. Ça dure plus d’un an, un ou deux week-ends par mois, mais elle, à chaque départ, elle pleure, verse des larmes au litre, use des boîtes de kleenex. C’est simple, elle est tellement malheureuse d’être heureuse qu’elle coupe les ponts. Fini le doudou et fini l’amour, la belle histoire est vite jetée aux poubelles, transformée en torchon. Et les larmes n’arrêtent pas, elles coulent encore et encore, un vrai torrent. Ça fait mal, vraiment, mais la belle, elle préfère avoir mal que de croire au bonheur. Et qu’est-ce qu’elle fait ? Elle retourne illico sur Cocoland, recommence à pianoter afin de se retrouver un bon gros macho, un vilain blaireau qui fera exactement comme les autres, foutra le camp au mauvais moment.
Alors je vous le dis, les filles. Si jamais vous vous trouvez un doudou, Antillais ou pas, surtout ne le lâchez pas, gardez-le, emprisonnez-le au plus profond de votre cœur, et aimez-le, aimez simplement la vie à deux.

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