Fragments d’adolescence

Kévin Delannoy, Océane Dubal, Gautier Lechat, Rémy Robaut, Clément Sauvé, Florian Vauchel avec Denis Dormoy. SEGPA collège de Ponthieu.

« Il faut qu’on parle des ados ! »  « Il faut, leurs mots, ben oui, relou, chelou, zone, enfin tout ça ! » Elle est véhémente, Océane, elle continue, ils acquiescent « Ouais ! Ouais ! » Au pied du U, je souris. C’est là qu’ils sont. C’est sur ces rives que l’on s’embarque, de la salle d’un collège posé sur une falaise en bord de plaine aux berges d’un bras du Scardon canalisé, à peine plus large qu’un fossé.
Ensuite, ils trouvent les mots, ceux de la tribu des vieux.
« On s’amuse moins quand on est adolescent » lance Clément qui ouvre les portes à mon étonnement et à Florian. « Je joue avec mon petit frère dès que je rentre. Il est heureux. Sa tutute part quand il dit “bain”. » Il mime. « Dessus sa voiture, il fonce ». « Ah oui, enchaîne Rémy, le plaisir avec les enfants, à terre avec eux, le légo… » « On s’amuse comme des gamins, de vrais gamins » dit Clément, « on joue comme un enfant » pour Kevin. « Ma petite sœur, elle… ».
Les six visages s’éclairent du plaisir de l’enfance partagée et déjà se projettent dans des images paternelles ou maternelles, eux aux éclats de familles. « À Noël, je lui achèterai…»
Passage de la Bibliothèque, ils vont lire des albums à des enfants de maternelle, parler des livres qu’on vient de leur lire. Tous, ils retrouvent, naturellement, la bonne hauteur, celle d’enfant. Les petits les saluent. Pas de chelou ni de relou.
Ils sont élastiques, se tendent et se détendent.
“Boîte”. Le mot magique est tombé. Des noms “Galaxy”, “News”, “Cap’taine” ajoute Gautier. Des mots : s’éclate, danse, drague. Des gestes. La bière. Clément, boîte parisienne, en vacances. Plaisanteries. “On s’arrache”. “Moi je suis en boîte dans ma boîte” plaisante Océane. D’un coup, ils ont vieilli. Get 27, Whisky, vodka. Puis ça coule jusqu’aux oncles ou grands-pères qui font du cidre. “Quelqu’un qui donne ses pommes à mon grand-père” dit Kévin. L’alambic. “C’est imbuvable”, “Même un canard, ça arrache” Florian, la main sur la gorge.
Ils enchaînent avec les machines, celles de l’usine de ciment Holcim qu’ils ont visitée. Une précision de mots, de gestes. Debout, la roue jusqu’au plafond. La craie, extraite, triturée, en boules de toutes tailles, cuites, éclatées. Ceux qui n’ont pas fait le voyage engrangent les images. L’enthousiasme du réel, des mots pour le dire. Adultes d’un coup.
La marche étire les images. Gautier à plat ventre au bord de l’étang tend la main aux poissons. Kévin “moi l’an prochain, je suis en apprentissage” rêve sur un pont de fer. Clément liste la mer, la baie, se jette sur les livres dans les rayons de soleil. Océane sur un socle déserté invente des sculptures, les autres aussi, photo, on s’immortalise. Rémy grimpe aux arbres, évoque ses balades en forêt, au cœur, pour méditer. Florian rit, parle de sa maison, son jardin, aider sa mère.
La balançoire, une lourde balançoire de bois, l’un d’un côté l’autre de l’autre, puis l’une et un autre. Ils sont là, entre enfant et adulte, à se balancer, les yeux fixés sur le monde.

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